Laurent Gounelle « C’est en apportant au monde notre singularité que l’on donne du sens à sa vie »

Le dernier livre de Laurent Gounelle relate l’histoire d’une enseignante écossaise dans un pensionnat anglais, en pleine Première Guerre mondiale. À l’occasion de la parution annoncée de La vie est une grande aventure le 7 octobre 2026, il parle de son long travail d’écriture, de la comparaison aux autres et du courage de rester fidèle à soi-même.

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Propos recueillis par Alain Giraud

Alain Giraud — Votre nouveau roman, La vie est une grande aventure, paraîtra le 7 octobre. Quelle en a été la première idée : l’époque, le personnage ou une question que vous vous posiez ?

Laurent Gounelle — Cela faisait très longtemps que je voulais écrire une histoire qui se déroule dans un lycée. J’avais commencé il y a un peu plus de dix ans : j’avais travaillé six mois sur une histoire avant de réaliser qu’elle ne fonctionnait pas vraiment et qu’elle ferait un livre assez moyen. J’ai tout mis à la poubelle et je suis parti sur autre chose. Quelques années plus tard, j’ai eu l’idée d’une nouvelle histoire se déroulant dans un lycée. Cette fois, j’ai travaillé au moins sept ou huit mois avant de réaliser une fois de plus que cela ne menait nulle part. À nouveau, des mois de travail à temps complet sont partis à la poubelle, et j’ai écrit autre chose. J’ai laissé s’écouler encore quelques années, puis une nouvelle idée a surgi, et là, cela a fonctionné ! J’ai mis ensuite deux ans et demi à l’écrire.

A. G. — Pourquoi vous attacher à ce lieu d'enseignement ? Et pourquoi avoir situé l’histoire en Angleterre, pendant la Première Guerre mondiale ?

L. G. — Un lycée, c’est un peu comme un monde en miniature. C’est aussi un lieu dans lequel on apprend et on évolue. Or l’évolution est une valeur phare pour moi puisque mes livres servent notamment à partager, à travers des histoires, des idées pour évoluer. Le lycée est donc un lieu très adéquat pour cela. L’histoire se déroule en Angleterre, en 1916, pendant la Première Guerre mondiale. Les thèmes sous-jacents sont le sens de la vie et les relations entre les êtres humains. Je suis parti de l’idée du philosophe Charles Eisenstein selon laquelle nous avons mal interprété Darwin en développant le sentiment diffus que la vie serait compétition, que seuls les meilleurs s’en sortiraient, ce qui est totalement faux. Cet esprit de compétition est majoritairement néfaste. Le simple fait de se comparer aux autres rend malheureux : vous trouverez toujours quelqu’un de plus performant, de plus beau ou de plus intelligent que vous. La comparaison est stérile et, dans le pire des scenarios, la compétition aboutit à la guerre. D’où le choix de cette période historique dans le roman... La vérité est que nous sommes tous différents : chacun de nous a une particularité, une singularité qui fait sa richesse, sa valeur personnelle. Et c’est en apportant au monde cette singularité que l’on s’épanouit, que l’on se réalise et que l’on donne du sens à sa vie.

Gounelle reseaux sociaux 2

Une enseignante qui dérange

A. G. — Mary Campbell est au centre de cette histoire. Qui est-elle ?

L. G. — L’histoire se déroule dans un pensionnat pour garçons et tout le corps enseignant est masculin. Mais un certain nombre de professeurs sont partis au front et pour la première fois de son histoire, ce vieux lycée anglais doit faire appel à une femme. Elle s’apelle Mary Campbell, vient tout droit d’Écosse et, très vite, elle se met à dos la plupart de ses collègues parce qu’elle a des méthodes peu conventionnelles, peu orthodoxes. Elle délivre des messages sur la vie qui ont un impact important, non seulement sur les jeunes, mais aussi sur des adultes et sur des personnes en dehors du lycée. Mais cette femme semble cacher un secret et un collègue, méfiant quant à ses véritables motivations, décide d’enquêter sur son passé.

A. G. — Vos romans invitent souvent à réfléchir sur soi. Votre propre regard a-t-il changé pendant l’écriture de celui-ci ?

L. G. — Mes romans suivent toujours mon évolution personnelle. Je lis beaucoup et découvre parfois des idées qui me passionnent, me font voir les choses différemment, et me font grandir ; des idées qui me font avancer sur un chemin que l’on pourrait qualifier de façon un peu pompeuse de chemin de la sagesse. J’éprouve alors le besoin de les partager en écrivant un roman…

A. G. — Mary fascine certains personnages et en dérange d’autres. Pourquoi une façon différente de voir la vie suscite-t-elle autant de résistance ?

L. G. — Parce que l’être humain est un être d’habitude, d’une part, et, d’autre part, qu’il est façonné par ses croyances. Nous avons tous une vision du monde et des convictions profondes sur ce qu’il convient de faire dans telle ou telle situation. Elles sont ancrées en nous. Nous en héritons de nos parents, de l’extérieur, de la société, de l’éducation ou nous les avons développées en généralisant abusivement le résultat de certaines de nos actions. Nous y sommes inconsciemment attachés et nous prenons nos croyances pour la réalité. Quand quelqu’un propose une façon de voir différente, quelque chose qui remet en question les croyances, cela génère en général une réaction de moquerie ou de colère.

A. G. — Le courage de rester soi-même, même au risque de décevoir son entourage, tient-il une grande place dans le roman ?

L. G. — Oui, complètement. C’est vraiment une idée phare du roman : rester soi-même envers et contre tout. Cela veut dire se connaître, connaître ses valeurs, savoir ce qui compte véritablement pour soi et avoir le courage de rester fidèle à tout ça, même si cela déplaît aux autres. Bien sûr, il est normal, dans le monde et dans la société, de s’adapter. Mais cette adaptation ne doit pas se faire au détriment de nos valeurs personnelles. Sinon, c’est malsain et on finit par tomber malade.

Une histoire avant les idées

A. G. — Comment faites-vous passer ces réflexions dans une intrigue, sans que vos personnages deviennent de simples porte-parole ?

L. G. — C’est ce qu’il y a de plus dur. Partager des idées, je pourrais plus facilement le faire en écrivant des essais. Mais je veux le faire à travers des histoires, parce que les histoires permettent l’incarnation des idées et ajoutent une dimension émotionnelle à des concepts qui pourraient sinon n’alimenter que le mental. C’est un gros travail. Il faut trouver une intrigue, des personnages, une histoire qui tienne la route, et faire en sorte que les idées se distillent sans que ce soit trop didactique. C’est vraiment difficile.

A. G. — Dans la vie, qu’est-ce qui nous empêche le plus souvent de suivre notre propre voie ?

L. G. — Nous pouvons tout d’abord être influencé par les autres, par les attentes de nos parents ou de notre conjoint. Ensuite, notre ego peut nous retenir en nous orientant vers ce qui est le plus valorisé socialement ou le plus rémunérateur. Enfin, nous sommes freinés par nos croyances limitantes, notamment celles qui concernent nos capacités : la crainte diffuse de ne pas être capable de réaliser le projet qui nous tient à cœur nous empêche de faire un état des lieux objectif de nos compétences et d’établir un plan d’action pour acquérir celles qui nous manquent.

A. G. — Que souhaiteriez-vous que le lecteur retienne peu à peu de Mary Campbell ? Faut-il suivre son exemple ?

L. G. — Je suis très attaché à la liberté de chacun. Je ne suis pas là pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire. Mon rôle est simplement de partager des idées et d’induire des prises de conscience. C’est ensuite à chacun de choisir quelle voie d’évolution il souhaite suivre…

A. G. — Prévoyez-vous des rencontres avec les lecteurs autour du livre ?

L. G. — Oui, j’ai une vingtaine de dates un peu partout en France, pour des rencontres avec les lecteurs et des dédicaces.

A. G. — Merci, Laurent Gounelle. Je rappelle à nos lecteurs que vous êtes également président d’honneur du Syndicat des Sophrologues Indépendants.

L. G. — Et c’est un honneur ! Merci beaucoup Alain.

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